Mercredi 01 juillet 2020

Points experts

Décryptage - Aux Etats-Unis, l'austérité par défaut ?

En raison de son très fort impact sur le marché du travail, la crise du coronavirus pèse lourdement sur les finances des collectivités locales américaines (Etats, villes). Celles-ci se trouvent désormais dans l’obligation de mettre en place des mesures d’austérité (augmentation des impôts, coupes budgétaires, licenciements), qui peuvent mettre en péril la reprise économique américaine. C’est l’un des plus gros enjeux de la bataille entre Démocrates et Républicains au sujet d’une 5ème phase de soutien budgétaire. 

 

Les finances des Etats américains vont se dégrader fortement

Les finances des Etats américains vont se dégrader fortement car :

  • Leurs recettes fiscales sont en forte baisse. Si environ un tiers des recettes des Etats provient de subventions de l’Etat fédéral, leurs autres recettes correspondent à des impôts directement levés par les Etats : taxes sur les ventes (taxes générales et spécifiques sur certains produits comme le tabac ou l’alcool), impôts sur les revenus, impôts fonciers et impôts sur les sociétés. Notons, au passage, que les assiettes de recettes fiscales sont très différentes selon les Etats. Avec la baisse de l’activité et de l’emploi, les recettes fiscales seront largement amputées en 2020 et 2021.
  • Les dépenses explosent. Les dépenses des Etats comprennent des dépenses d’éducation (environ un tiers des dépenses), des dépenses de santé (co-financement avec l’Etat fédéral du programme Medicaid, qui fournit une assurance maladie aux personnes à bas revenus) et des aides sociales, telles que les indemnisations chômage. La nature particulière de la crise du coronavirus (mi-juin, environ 20 millions d’Américains étaient inscrits dans les programmes réguliers d’assurance-chômage) induit une très forte augmentation des dépenses des Etats. 

Pour les Etats, le CBPP (Center on Budget and Policy Priorities) estimait le 15 juin que l’ensemble de la baisse de recettes budgétaires et de la hausse des dépenses (budget shortfall) représenterait 10% du budget initial prévu pour l’année fiscale 2020 (qui se termine le 30 juin) et 25% pour l’année fiscale 20211, soit respectivement 120 et 315 Mds $. Comme l’indique le CBPP, le déséquilibre budgétaire des Etats sera plus profond que lors de la Grande Récession de 2008.

En parallèle des Etats, les villes sont, elles aussi, touchées par les difficultés budgétaires. Selon les estimations de la NLC (National League of Cities), une augmentation d’un point du taux de chômage résulte en moyenne en un déséquilibre d’environ 3% par rapport au budget initial2. Au final, la NLC estimait le 14 mai que les pertes de recettes budgétaires s’élèveraient à 134 Mds $ sur l’année fiscale 2020, 117 Mds$ en 2021 et 110 Mds$ en 2022. Le fait qu’une deuxième vague de coronavirus se matérialise en juin et conduise à un re-confinement partiel alourdira très certainement la note.

Le soutien apporté par l’Etat fédéral aux collectivités locales est insuffisant. Dans le cadre du CARES Act, qui constituait la 3ème phase de soutien budgétaire, il a débloqué 150 Mds $ pour venir en aide aux Etats et aux collectivités locales (139 de ces 150 Mds ont été attribués aux Etats au prorata de leur part dans la population totale).Cette aide est donc très insuffisante et la persistance d’un chômage élevé exacerbera les difficultés des villes et des Etats...

1 Center on Budget and Policy Priorities, 15 juin, “States Grappling With Hit to Tax Collections”.

2 National League of Cities, 14 mai, "Cities anticipate $360 bn revenue shortfall"

Retrouvez ci-dessous le décryptage dans son intégralité.

Date de publication : 1er juillet 2020

Bastien Drut

Stratégiste sénior chez CPR AM

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