Mardi 09 juin 2020

Points experts

Dossier Spécial Medtech - Technologies médicales, la révolution d’un nouveau monde

A l’image de l’industrie ou de la finance, le secteur médical connaît depuis plusieurs décennies une évolution spectaculaire. Une tendance de fond qui semble même s’accélérer, comme en témoigne la place tenue par la santé numérique lors du dernier salon CES de Las Vegas. Tour d’horizon d’un foisonnement aux perspectives vertigineuses.

UN BASCULEMENT TECHNOLOGIQUE

Traitement, analyse et stockage des données, robotique, intelligence artificielle, machine learning, objets connectés : autant de percées technologiques qui ouvrent d’immenses débouchés dans l’univers médical. La médecine de demain ? Les spécialistes l’imaginent à la fois plus précise, préventive, personnalisée, réactive, participative et numérique. Logiquement, le marché de la santé numérique explose. Évalué à 144 milliards de dollars en 2018, il devrait dépasser les 200 milliards de dollars d’ici la fin de l’année 2020.

Si l’histoire de la médecine est faite de ruptures (avec par exemple l’arrivée des antibiotiques au milieu du XXe siècle), la période actuelle constitue bel et bien un tournant. Avec les nouvelles technologies médicales (Medtech), ce sont tant l’aide au diagnostic (intelligence artificielle), les actes techniques (robotique chirurgicale) comme la consultation (télémédecine) qui se trouvent révolutionnés. Des exemples hier encore dignes de la science-fiction ne manquent pas, à l’image des recherches effectuées pour injecter dans le sang des micro-robots capables de réaliser des traitements ciblés.

François Sigaux, Directeur scientifique de la Recherche fondamentale du CEA, estime que la recherche et le développement économique de la médecine du futur s’articulent autour de trois grands axes. Nourri par les avancées en chimie, biologie de synthèse ou en robotique, le premier concerne « les approches multidisciplinaires de développement des dispositifs médicaux à usage diagnostique, thérapeutique ou mixte ». Deuxième pilier : les développements biotechnologiques personnalisés construits à partir d’éléments du corps du malade, tels que le développement d’organes sur puces. « Le dernier est numérique, intégrateur de la médecine du futur et bâtisseur d’un système de santé doté d’auto- apprentissage. »

DE PREMIERES REALISATIONS MAJEURES

Dans les faits, la médecine du futur est déjà une réalité. Les applications spectaculaires ne manquent pas. La chirurgie robotique constitue ainsi l’une des avancées technologiques les plus impressionnantes, à l’exemple de possibilités offertes par les quatre bras et les pinces miniaturisées du robot Da Vinci.

Pour les chirurgiens, l’utilisation de la robotique est l’assurance de gains substantiels en précision, en visualisation et en dextérité. Pour le patient, la technologie est synonyme d’interventions moins invasives, de cicatrices plus petites, de diminutions de risques de complications ou de séquelles. 

Près de 4 500 robots sont aujourd'hui utilisés dans le monde, dont 125 en France. A l’origine de cette révolution, la startup californienne Intuitive Surgical détient aujourd’hui plus de 2 750 brevets. Sa capitalisation boursière dépasse les 65 milliards de dollars.

Autre domaine aux avancées notables : la télémédecine. En B2B (téléradiologie, télépathologie, télécardiologie…) comme en B2C (consultation à distance du patient), le marché pourrait atteindre 27 milliards d’euros en 2026. Un produit comme le LabPad d’Avalun par exemple fait figure de véritable laboratoire de poche, qui permet de réaliser des mesures biologiques à domicile, en centre de soins ou chez un professionnel. 

Une goutte de sang suffit pour obtenir un résultat en quelques instants. En lien avec les laboratoires d’analyses et les professionnels de santé, le traitement peut être ainsi adapté au plus juste, sans délai.  

L’intelligence artificielle offre, quant à elle, la possibilité de croiser une quantité quasi illimitée de données. Le potentiel en radiologie et cardiologie, notamment, est immense pour dégager des corrélations sur le ciblage de futures molécules pharmaceutiques, le diagnostic ou encore le génomique. Verily, filiale de Google, est d’ores et déjà capable de réaliser un bilan cardiovasculaire fiable à partir de la photographie d'un fond d'œil.

UNE REVOLUTION MEDICALE A ACCOMPAGNER

De telles avancées découlent d’une forte volonté d’innover des grands laboratoires, mais aussi à leur alliance avec des partenaires de choix. « Si les objectifs divergent d’un acteur à un autre, un modèle, en revanche, semble s’imposer : le recours aux GAFA », souligne ainsi Alexandre Templier, Président du cabinet Quinten. En quelques mois, quatre laboratoires (Sanofi, Novartis, Pfizer et Otsuka) ont officialisé leur collaboration avec Verily. 

De son côté, Apple développe des solutions pour centraliser les données médicales (analyses, scanners, ordonnances…) dans les mains du patient pour en faire de véritables dispositifs médicaux. 

En 2019, le cabinet Morgan Stanley a évalué le revenu probable d’Apple dans la santé d’ici 2027 à quelque 90 milliards de dollars. Le géant Amazon travaille quant à lui à réduire les coûts du système de santé en se concentrant sur ses propres salariés, via une coentreprise formée avec JP Morgan et Berkshire Hathaway. 

L’intervention des GAFA – la mise à profit des données – ouvre un pan important : la possibilité de traiter chaque patient de manière individualisée, en fonction de spécificités biologiques et génétiques, mais aussi en intégrant les facteurs pouvant influencer l’évolution de la maladie et l’efficacité du traitement. Mais cette évolution majeure a un corollaire : la nécessité d’assurer la parfaite protection des données.

Extrêmement sensible, l’exploitation de ces données est inimaginable sans garantir de parfaites confidentialité et sécurité. « Veillons à ce que cette promesse prométhéenne ne se mue pas en une exploitation mercantile des données de santé dont les États, qui n’en sont pas propriétaires, doivent être les garants », prévient Alexandre Templier.

Alors que le gouvernement français va s’appuyer sur Microsoft pour stocker les données de santé sur la plateforme Health Data Hub (HDH), un collectif de professionnels du secteur et de l’informatique médicale s’est ainsi inquiété du choix de cet acteur privé, rappelant que les informations concernées sont issues de centres hospitaliers, de pharmacies ou de dossiers médicaux partagés. « Il est prévu que ces données soient stockées chez Microsoft Azure, cloud public du géant américain Microsoft. Ce choix est au centre de nos inquiétudes. De plus, le HDH se développe sur un modèle centralisé, avec pour conséquence un impact plus élevé en cas de piratage informatique. » Appelant au développement de « clouds » autogérés, le collectif considère essentiel de garder la main sur les technologies employées et d’empêcher la privatisation de la santé. On trouve là un enjeu majeur des années à venir : l’invention d’un cadre donnant la possibilité de développer des innovations médicales révolutionnaires sans faire émerger, en contrepartie, de nouveaux risques aux conséquences potentiellement dévastatrices.

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